"Avant d'être peut-être remplacé, dans l'idéal dès l'été prochain, par un « festival européen des cultures des régions », le festival de chanson et musique trad' Summerlied à Ohlungen connaîtra mi-août une septième édition marquée une fois de plus par la création et l'innovation.
C'est un peu la constante de Summerlied : chaque édition du festival de chanson et musique trad' débouche sur une profonde remise en question. La sixième édition en 2006, est parvenue, malgré une météo calamiteuse, à attirer 8000 personnes dans la forêt d'Ohlungen.
Le festival financera deux créations originales, par Féminin Plurielles et Convivencia.
Mais il a été nécessaire de puiser dans les réserves propres pour équilibrer le budget. « D'aucuns auraient jeté l'éponge », admet volontiers Jacques Schleef, le créateur du festival. Lui a préféré aller de l'avant, en s'imposant une réflexion encore plus intense qu'à l'habitude.
A tel point que la jolie manifestation créée en 1997 pour « donner aux chants et aux musiques ancrés dans une tradition régionale un lieu pour se faire entendre, se montrer, s'écouter, se partager » – et couronnée en 2006 par le Bretzel d'or de l'Institut des arts et traditions populaires d'Alsace – pourrait bientôt disparaître et se voir remplacée par un ambitieux « festival européen des cultures des régions ».
Mais avant cela, Summerlied connaîtra (14-17 août) un baroud d'honneur sur son merveilleux site d'Ohlungen. Il offrira à nouveau quatre scènes aux formes actuelles de la création dialectale, ainsi qu'aux autres musiques traditionnelles de France et du monde.
Aux rendez-vous habituels – cabaret des champs (scène intimiste axée sur le cabaret et la chanson à texte), Sprungbrett (tremplin pour les jeunes artistes), arbre à palabres (contes, poésie, Witzbrunne, Las-Eck) – s'ajouteront cette année un sentier musical dans la forêt scénographiée par la compagnie Tohu-Bohu, des « apéros linguistiques » et un grand défilé de groupes folkloriques d'Alsace en partenariat avec l'Office pour la langue et la culture d'Alsace (Olca).
Et le festival soutiendra, comme il en a pris l'habitude deux créations originales qui seront proposées au réseau des Régionales pour une tournée en 2008-2009. 30 000 euros y seront consacrés, soit près de 40% du budget artistique. La première, Mémoires vives, par l'ensemble vocal Féminin Plurielles, proposera un bouquet de chansons des régions de France. La seconde, Chanson d'Alsace, verra l'ensemble Convivencia (autour de Jean-Pierre Albrecht) mêler instruments traditionnels, percussions et instruments éléctro-acoustiques pour rhabiller les œuvres de divers chansonniers.
En y ajoutant les « têtes d'affiche » – des pourparlers sont en cours avec le Warshaw Village Orchestra. Dan Ar Braz, Stephan Eicher, Tri Yann ou les 17 Hippies – Summerlied proposera cet été plus de 130 concerts et animations gratuites à la seule exception des concerts du soir sur la scène de la Clairière, et se conclura logiquement sur un « best of » des sept éditions du festival. L'épilogue est prometteur.
Jacques Schleef et son équipe aimeraient profiter du succès des deux manifestations voisines, Summerlied à Ohlungen et la fête du Houblon à Haguenau, pour créer en Alsace une rencontre des cultures des régions européennes – un pendant au festival interceltique de Lorient.
L'expression « battre l'estrade », aujourd'hui désuète, signifiait « aller à la découverte, courir les chemins ». Le nom choisi par Jacques Schleef et son équipe pour leur nouveau projet en résume assez bien l'esprit. « Le passé de l'Alsace mais aussi son proche avenir sont tournés vers l'est. De par sa double culture, sa position géographique et le fait qu'elle abrite la capitale de l'Europe, l'Alsace est la mieux à même d'incarner le lieu de rencontre culturelle des régions du continent », s'enthousiasme Jacques Schleef.
« En dix ans d'existence, résume le créateur du festival de chanson et musique trad' d'Ohlungen, Summerlied a permis de faire souffler un vent de créativité dans la chanson dialectale, de faire tomber les complexes par rapport à l'alsacien et de rapprocher les publics dialectophones et non dialectophones. » Tout en s'ouvrant vers les cultures voisines des autres régions de France ou d'Europe.
Surprendre et rayonner
Il est temps, désormais, de pousser cette démarche un peu plus avant, à travers Les Estrades, un grand « festival européen des cultures des régions », qui aurait lieu chaque été à Haguenau et pourrait se fondre avec la fête du Houblon, le festival du folklore mondial qui anime l'été haguenovien depuis un demi-siècle. L'idée étant alors de « créer un tremplin pour toutes les cultures d'Europe, de l'Atlantique à l'Oural, et montrer que les traditions musicales et orales sont source d'inspiration ».
Selon le projet né d'un travail de plusieurs mois mené par Jacques Schleef, Agnès Lohr, l'administratrice de l'association Festival Summerlied, et Danièle Walter, conseillère artistique – ancienne directrice de Voix et Route romanes –, chacune des dix journées des Estrades pourrait être consacrée à une « région » (les Balkans, la Méditerranée, la mer Noire, le Rhin, le Danube, la Volga...), l'Alsace pouvant alors dans ce contexte « faire rayonner sa culture ».
Car au-delà d'une ambition artistique forte (spectacles déambulatoires, têtes d'affiche, nuits culturelles événementielles, parade des cultures régionales, forums, animations ludiques et gastronomiques), les porteurs de l'initiative ont voulu penser un projet innovant pour « une région appréciée mais qui ne sait pas surprendre ». Un festival « à vivre comme un séjour de découverte » qui donnerait à l'Alsace une notoriété internationale, vectrice de communication et de développement touristique.
L'un des objectifs majeurs de Summerlied est de mettre en place un centre de ressources. Le projet, sollicité par la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) est en gestation depuis 2006, l'administratrice de l'association Agnès Lohr ayant déjà commencé le recensement des acteurs et la collecte des documents écrits et sonores.
Il vise à structurer le secteur des musiques et danses traditionnelles en Alsace, pour contrer les préjugés, à en faire la promotion (en direction du milieu scolaire et des écoles de musique) à travers un centre de documentation et un site internet.
En deux mots, à rattraper le retard pris par rapport à d'autres régions de France, qui fait que malgré la vitalité de l'Alsace en termes de musiques traditionnelles, peu d'artistes trad' parviennent à y vivre de leur métier.
Dans le cadre des Estrades, ce centre de ressources pourrait évoluer vers une dimension européenne, pour dynamiser les cultures des régions des 46 États du Conseil de l'Europe."
Florian Haby.
DNA 20 février 2008